Critique de disque
Critique de disque. Les vastes mouvements de populations qui ont secoué l’Europe entre la fin de l’ère antique et la Renaissance excitent l’imagination. On a même parfois tendance à oublier le sang versé sur le chemin de ces transhumances qui, pour ne pas être toutes des invasions, ne se passaient pas toujours dans la joie et la bonne humeur ! Mais enfin, perpétuer la mémoire d’échanges culturels pacifiques reste une œuvre fort sympathique, salutaire et passionnante. C’est à cela que se consacre le groupe Mosaïca qui « revendique cet héritage trop longtemps occulté d’interférences culturelles romano-wisigothiques, byzantines, ibériques, séfarades, berbères et arabes. » Ouf ! On n’a oublié personne ? Rêvant d’une « Andalousie occitane », les musiciens béarnais et marocains qui constituent cette formation jettent un pont entre les Pyrénées et l’Atlas.

Et ça roule très bien sur cet axe musical. On y chante en gascon, en berbère, en arabe, on y pince les cordes d’un oud, on y fait tourner la manivelle d’une vielle à roue et virevolter un archet sur les fils d’un violon. Et bien sûr, on y frappe vaillamment sur de nombreux et variés tambours. Cette sorte de nouba au cours de laquelle les participants portent béret et babouches est des plus réjouissantes. Voilà un de ces petits trésors que nous livrent régulièrement les musiciens folk de France qui, si l’on en croit les médias dominants, n’existent pas ou plus. Quelle funeste erreur ! Il fut un temps où ce courant musical était mieux considéré… Calmons ce mouvement d’humeur et savourons les mélanges aussi gracieux que vigoureux de folklores vibrants que nous procure Mosaïca.
Michel Doussot
Mis en ligne en 2004 sur routard.com